Les fausses solutions
(extrait de S!lence n°351)
Eh oui, malgré les efforts d’un nombre croissant de personnes, et notamment de celles qui tentent de
Devant l’évidence, la communauté internationale, à quelques rares exceptions, a finalement décidé d’agir. Cela a donné le protocole de Kyoto : l’engagement de la majorité des pays industrialisés à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,2 % par rapport à ce qu’elles étaient en 1990.
Protocole de kyoto largement insuffisant
Soyons clairs : même si le protocole était appliqué, ce qui n’est pas le cas puisque le plus grand responsable des gaz à effet de serre refuse d’y adhérer et que le Canada renie son engagement, les efforts consentis seraient nettement insuffisants pour empêcher le réchauffement de la planète. Le CO2 et les autres gaz déjà rejetés dans l’atmosphère y sont pour longtemps et continueront à exercer leurs effets délétères; et beaucoup de pays en émergence, dont les géants de l’Asie, poursuivent tambour battant une croissance phénoménale (la Chine et l’Inde à un rythme autour de 10 % par année!) sans se préoccuper des conséquences pour l’environnement. Peut-on d’ailleurs leur reprocher de vouloir nourrir leur population ou même d’aspirer à ce style de consommation que nous étalons partout dans le monde par nos médias, notre tourisme et nos industries en quête d’investissements rentables et de nouveaux marchés ?
Bon, soyons tout de même bons joueurs et admettons que Kyoto, c’est un premier pas et que c’est mieux que rien. Sauf que... il faut peut-être s’interroger sur les moyens qu’on prend pour atteindre les objectifs de Kyoto et, en général, pour diminuer notre impact sur la planète.
Nos divers gouvernements et la classe d’affaires qui les supporte et leur dicte leurs orientations néolibérales ont une foi aveugle dans la croissance économique : il faut augmenter le PIB, il faut produire davantage, il faut créer des emplois pour que la population continue à augmenter sa consommation. Et donc, devant les problèmes environnementaux dont on ne peut plus nier l’existence, les gouvernements
cherchent les moyens d’agir qui n’affecteraient en rien la sacro-sainte croissance économique; on veut faire du « développement durable ». Il y a même des petits futés qui ont compris que les problèmes actuels pouvaient présenter d’excellentes « occasions d’affaires ».
Tout cela nous mène à ce que je qualifie de fausses solutions. Passons-les en revue.
Les fausses solutions :
Le recyclage : il permet de sauver des matières premières, mais requiert de l’énergie et souvent l’addition de produits chimiques. La fabrication de papier recyclé, par exemple, fait beaucoup appel à la chimie et il en résulte des boues toxiques.
Les innovations technologiques : des moteurs d’auto plus performants nécessitant moins de carburant, des avions plus légers, des appareils électriques qui demandent moins d’électricité... C’est bien, cela ménage les ressources et permet de retarder le moment où elles manqueront et il en résulte moins de pollution; mais rien n’est réglé, les problèmes sont tout simplement remis à plus tard. Ou bien il s’agit tout simplement d’un déplacement de problème; l’auto électrique, par exemple. Cela fonctionne bien tant qu’il n’y en a que quelques centaines en circulation : mais si tous devaient constamment recharger leur auto, où prendrait-on l’électricité? Il y a aussi le fait que beaucoup de ces innovations ont des effets imprévus à long terme. Que nous réservent pour demain les OGM ? Qu’est-il résulté de l’énergie nucléaire, qui devait régler tant de problèmes ? Enfin, on parle de plus en plus de l’effet rebond : une amélioration qui augmente l’efficacité amène une baisse des coûts et rend donc l’usage plus accessible.
Quand il y a eu le premier choc pétrolier en 1970, les fabricants d’auto ont mis sur le marché des autos moins consommatrices; conséquence, les gens se sont davantage déplacés pour le même prix et donc la consommation globale d’essence n’a pas diminué. De même, si la technologie permet d’augmenter l’efficacité, il en résultera des économies à long terme; mais les consommateurs dépenseront-ils moins d’argent ou plutôt ne s’achèteront-ils pas d’autres choses encore, consommant ainsi d’autres ressources et
Les biocarburants : le coût du pétrole à la hausse et la perspective d’une diminution des approvisionnements amènent à chercher des alternatives pour alimenter nos véhicules moteurs. Tout plutôt que d’envisager une civilisation sans autos! Alors on commence à se tourner vers l’éthanol qu’on fabriquera à partir du maïs et de la canne à sucre surtout, des cultures qui épuisent les sols et se pratiquent surtout dans les pays chauds. Conséquences ? Monocultures, diminution des cultures vivrières locales.
Au Mexique, le prix des tortillas a augmenté de 40 % à 100 % selon les régions avec les effets qu’on peut soupçonner pour les plus pauvres. Le bio-diésel ? Tant qu’on utilise l’huile à frire usagée, ça va; mais quand il faudra des quantités massives d’huile, une fois de plus, on se tournera vers le tiers-monde pour
Le principe du pollueur payeur : les coûts actuels de l’essence, de l’automobile, de l’avion et de nombre d’autres biens ne reflètent pas exactement la réalité : les coûts sociaux (infrastructures, effets de la pollution, maladies, etc.) n’y sont pas inclus. Si l’on intégrait ce qu’on nomme les externalités, il faudrait payer plus cher et cela diminuerait la consommation. C’est vrai. Mais entre vous et moi, même si l’essence coûtait 3 $ le litre, croyez-vous que cela empêcherait les riches de se promener en auto ? Au
Les crédits de carbone : quelle belle mesure pour continuer à polluer! Vous poursuivez vos activités nocives et les rachetez en faisant de bonnes actions ailleurs, comme planter des arbres dans le tiers-monde. On ne sait trop si ces arbres seront vraiment plantés, s’ils survivront, dans combien d’années ils serviront effectivement de puits de carbone; des chercheurs viennent même de découvrir que pendant leur croissance, les arbres produisent beaucoup de méthane, un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le carbone. Mais pour ne rien toucher à nos modes de vie, on prend le risque !
Baisser la consommation








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