La Coopérative Cravirola
« Le maquis », lieu de vie de la coopérative Cravirola, est un domaine de 270 hectares situés sur un plateau du minervois entre Béziers et Carcassonne. Cette coopérative regroupe une dizaine de personnes partageant valeurs et aspirations travail et revenus pour expérimenter de façon collective et autogestionnaire une alternative au système établi. Les activités développées sont centrées sur la production laitière, sa transformation et sa commercialisation mais elles sont renforcées et dynamisées par la mise en place d'un accueil militant et d'initiatives culturelles.
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La naissance du collectif
Il y a 25 ans, un couple de jeunes berlinois décide de s'installer dans une vieille ferme des alpes maritimes : la ferme Cravirola. Ce lieu magnifique à fort potentiel présente alors des conditions de vie assez rude (Isolement, altitude, peu d'espace de vie, pas de sanitaires...). En accord avec leurs convictions et l'idée qu'ils se font de la vie à la campagne, les deux jeunes néo ruraux ont en tête de mettre en place une activité paysanne. C'est un concours de circonstances plutôt amusant qui les mène un peu plus vite que prévu à s'orienter vers l'élevage de brebis et de chèvre : « Un couple d'amis partant en voyage pour quelques semaines nous confia son troupeau. Ils ne sont jamais revenus !! On avait un troupeau il fallait bien en faire quelque chose !! », Axel. C'est ainsi que dans des conditions rudimentaires, les premiers fromages de chèvre et brebis de Cravirola voient le jour.
Très vite ce couple cherche à intégrer d'autres personnes à leur projet pour le pérenniser mais surtout pour partager une expérience collective. Au cours des 10 premières années, de nombreuses personnes séjournent parmi eux, pour un mois, parfois plus, mais personne ne décide de s'y poser de façon permanente. Petit à petit le lieu est réhabilité et la production fromagère assure une base économique de plus en plus solide. Les conditions de vie étant meilleures une première personne décide d'intégrer pleinement le projet. Assez vite d'autre se joignent au trio pour atteindre en 2002, un groupe de 9 individus d'âges et d'horizons divers (22 à 55 ans). Un collectif est enfin crée réunissant des « paysans bâtisseurs », « écolos idéalistes et pragmatiques », « utopistes incorrigibles », « militants déterminés », comme ils se définissent eux même. Fuyant le système hiérarchique et inégalitaire de la société, ils adoptent un fonctionnement autogestionnaire favorisant l'harmonie du groupe. La confiance en l'autre et la responsabilité individuelle deviennent les clés de voutes de la politique locale.
Mais dès 2004, le collectif commence à se sentir à l'étroit au fond de cette vallée pré alpine et freiné dans ses ambition. Sur les terrasses d'une montagne peu peuplée et difficile d'accès, les possibilités agricoles, sociales et culturelles atteignent leurs limites. D'autre part, l'objectif de développer un collectif au sein duquel les membres soient également responsables et impliqués est difficile à atteindre dans le contexte tout particulier de cette ferme, « petit bébé » d'un couple qui a travaillé d'arrache pied pendant plus de 15 ans pour la rendre viable. C'est pourquoi en 2005 le collectif décide de chercher un autre lieu laissant place à plus d'opportunités et offrant un nouveau départ sur un pied d'égalité.
Un nouveau départ dans l'Hérault
Après plusieurs mois de prospection, les membres du collectif découvrent le lieu de leurs rêves : le domaine de « bois bas » dans l'Hérault. Accessible par le réseau routier, proche de grandes agglomérations, offrant une grande capacité d'accueil, doté d'une grande surface agricole entièrement certifiée en Agriculture Biologique et propice à une grande diversité d'activités agricoles, ce domaine présente tous les avantages recherchés.
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Le prix élevé du domaine, le refus de voir la ferme des Alpes Maritimes devenir une résidence secondaire pour riches vacanciers et leur souci de défendre de l'agriculture paysanne, les ont poussé dans une grande réflexion qui à aboutit à la création d'une forme inédite de propriété collective : la SAS Terres Commune regroupant 3 fermes : la ferme CRAVIROLA dans les Alpes Maritimes, Bois Bas, et une ferme en Ardèche. Cet outil, utilisé pour l'une des premières fois en France, a permis, grâce au recours à de nombreux sympathisants, d'acquérir le domaine de Bois Bas mais aussi de retirer à jamais de la spéculation les 3 fermes tout en permettant à des collectifs d'y vivre en développant leur activité paysanne.
Prés de deux ans ont été nécessaire pour structurer juridiquement cette SAS et récolter les fonds nécessaires à l'achat du domaine. Le Détail de ce montage juridique, particulièrement compliqué, est décrit dans le reportage sur la SAS Terres Communes.
Seulement le temps presse...L'engagement financier, au sein de Terre Communes, de personnes soutenant le projet, et les emprunts escomptés exigent une rentrée d'argent rapide. Les deux premières années sont donc très chargées en travail mais le résultat en vaut la peine.
Un projet pérennisé grâce à une production agricole viable
Le coup de collier donné durant la transition entre les deux fermes à permis de ne jamais cesser la production fromagère. Pendant trois mois, une partie du collectif est resté dans les Alpes Maritimes pour continuer la production tandis que l'autre partie s'est attachée à construire, sur le domaine de Bois Bas, une bergerie, un atelier de traite et une fromagerie. Une fois le troupeau mis en place la transition s'est faite rapidement. Ils ont ainsi pu garder leur clientèle des marchés de la cote d'azur (grâce notamment à un ami qui se charge de la commercialisation tout au long de la semaine) tout en s'installant sur les marchés locaux de l'Hérault.
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Aujourd'hui le troupeau comprend une quarantaine de brebis, 80 chèvres et 7 vaches laitières. Pour gérer la production et la transformation des 150 litres de lait journaliers, le collectif s'est réparti en deux équipes. L'équipe Bergerie (4 permanents) s'occupe du troupeau, de la traite, de l'entretien des clôtures... L'équipe fromagerie (3 permanents) se charge de la transformation du lait en petits lactiques, tomes, camemberts, fromage blanc, yaourts...
A côté cette activité principale : l'élevage laitier avec transformation fromagère, le collectif développe d'autres productions. Une activité de transformation de viande bovine a été mise en place pour contrôler et réduire le troupeau d'Aubrac sauvages. Les produits de cette activité sont écoulés en vente directe soit en caissettes soit en plats préparés dans les festivals, les foires biologiques.... De plus, une production potagère assure partiellement les besoins alimentaire du collectif et ceux liés à l'accueil militant. Pour finir, deux nouvelles personnes sont arrivées au sein du collectif avec pour l'une l'envie de lancer une activité de paysan boulanger, et pour l'autre une activité apicole. Ces deux nouvelles activités seront prochainement opérationnelles (nous avons participé à la construction du four à pain) et viendront enrichir les stands des marchés et le magasin présent sur l'exploitation.
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Petit à petit le four à pain se construit
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Un accueil militant pour partager des valeurs et se renforcer
Parallèlement aux activités agricoles et pour atteindre leurs objectifs au niveau social et culturel, plusieurs formes d'accueil militant sont mis en place.
En saison, un camping participatif est ouvert sur « une aire de fête », clairière et sous bois aménagés ou l'on trouve un snack fermier (avec les produits de la ferme et les produits locaux), un chapiteau, une rivière, des terrains de pétanque, de volley ou encore un atelier bricolage, la bibliotroc, des sanitaires écologiques... C'est un lieu de rencontres, de convivialité de créativité autour de spectacles, ateliers, forums, expositions et tout ce que chacun voudra bien y apporter et inventer. Il offre ainsi une occasion d'être acteur de ses vacances, de participer et d'être à l'initiative de projets ou d'ateliers dans les domaines environnementaux, artistiques et culturels. La participation aux taches d'entretien des lieux est aussi une occasion d'expérimenter des pratiques autogestionnaire au sein du camping. Enfin, il est possible de soutenir le projet en participant aux activités de la ferme tant en gestion du troupeau qu'en transformation fromagère. Chaque année c'est presque 200 campeurs participatifs et solidaires qui séjournent sur le lieu.
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| Toilettes et douches écologiques | Détente au camping |
Toute l'année, des chantiers solidaires sont effectués. Durant les deux dernières semaines de chaque mois, novices et professionnels, permanents et bénévoles, coopèrent à divers projet d'aménagement et de construction écologique. En partageant la vie du collectif au jour le jour c'est un moyen agréable de découvrir le projet tout en apportant sa pierre à l'édifice.
Pour s'initier à l'agriculture paysanne et expérimenter un mode de vie autogestionnaire, un « compagnonnage alternatif » est proposé afin de s'immerger pendant trois à six mois au sein du projet et du collectif. Le compagnon intègre alors pleinement une des deux équipes liées à la production agricole et participe à la vie quotidienne des permanents.
Au niveau culturel, durant la saison de camping, un panel d'évènements est organisés avec au programme des concerts, du théâtre, du cirque, des projections, des conférences... tournant autour d de l'engagement social et écologique. De plus, une résidence d'artistes est ouverte toute l'année pour ceux qui cherchent un lieu de créativité, curieux de découvrir le Maquis.
Cravirola, une ruche génératrice d'alternatives
Après deux semaines à découvrir le lieu, ses habitants, le projet et ses mouvances, Cravirola nous est apparu comme une ruche bouillante d'alternatives.
Grâce à sa structure (SAS Terres Communes) et son fonctionnement (collectif autogestionnaire) hors du commun, elle met un point d'honneur à vivre dans le concret ce que beaucoup qualifierait d'utopique. (pour mieux percevoir l'alternative proposée par ce collectif voir l'article « des alternatives à la société capitaliste). On y retrouve ainsi des individus épanouis cherchant à vivre selon leurs principes tout en les transmettant à qui veut bien les expérimenter. Bénévoles, compagnons, artistes ou vacanciers, chacun y trouve sa place et son rythme pour s'initier à un mode de vie alternatif à celui imposé par notre chère société individualiste et capitaliste.
Le secret d'une telle réussite tient dans la mise en place d'une activité centrale (lait et fromage) qui, en plus d'une base économique fertile et propice à d'autres activités, permet une forte cohésion du groupe dans l'engagement et les valeurs du projet. Bien sur tout n'est pas rose, des tensions peuvent se créer, des difficultés financières survenir, des divergences de point de vue... mais c'est dans ces moments difficiles (mais aussi dans les moments de légèreté) qu'un collectif et son projet se renforce et se développe pour toujours s'améliorer.























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