Les Amanins
En programmant notre périple, nous avions prévu de travailler comme woofers pendant une quinzaine de jours aux Amanins: un centre agroécologique dans la Drôme. Malheureusement, cet endroit étant prisé, il n'y avait plus de places lorsque nous avons postulé. Nous avons quand même réussi à nous arranger pour découvrir le site et le projet à l'occasion d'une journée de présentation organisée par l'association. Aussi nous vous proposons un exposé rapide de ce que nous avons vu.
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| Bâtiments principaux des amanins | Une petite vue du site |
A l'ombre d'un murier Michel Valentin nous compte l'émergence et le montage de ce projet.
Pendant très longtemps Michel a été un réel homme d'affaire. Il a monté un certain nombre d'entreprises avec lesquelles il a réussi à gagner beaucoup d'argent. Mais arrive un moment où il ne se retrouve plus totalement dans la vie qu'il mène, une vie tournée vers le tout économique.
En effet, son double héritage familial (famille paternel commerciale, famille maternelle paysanne) l'a toujours poursuivi. S'il a opté pour vie dans le monde des affaires il a toujours pris plaisir à travailler la terre : « Jusque il y a 6 ans j'avais une vie très en dents de scie parce que la semaine j'étais un vrai homme d'affaires et que le week end je faisais mon potager». Au fur et à mesure des années cette double vie lui est apparue incohérente.
Dans cette période de réflexion et de remise en question, et plus précisément au cours de l'année 2003, Michel a la chance de rencontrer Pierre Rabhi qui s'attèle depuis déjà plusieurs années à la sensibilisation de la population à la situation écologique désastreuse et qui propose l'agro-écologie comme pratique agricole et étique de vie.
Cette rencontre entre deux personnalités très différentes mais complémentaires, aboutit sur l'idée d'un projet : la création d'un centre d'expérimentation, de sensibilisation et d'accueil en agro-écologie.
Dès l'idée émise, les deux nouveaux associés et d'autres personnes créent l'association « les Amanins » et définissent clairement le projet. Les trois piliers de celui-ci seront :
- l'agriculture diversifiée et écologique pour assurer une autonomie au lieu
- l'éducation des nouvelles générations aux respects de la personne et de l'environnement
- l'éco habitat dans l'objectif de réduire notre impact énergétique
Pendant ce temps, Michel se lance dans la recherche d'un site. Il cherche l'impossible : un site d'une centaine d'hectares dans un rayon de 5 km de chez lui. Finalement, un an plus tard il trouve chaussure à son pied : un terrain de 55ha avec une vielle bâtisse en pierre et des possibilités de rachat de terres autour, le tout à 2Km de chez lui !! Ce lieu est acheté sous couvert d'une société Civile Immobilière dont les parts appartiennent entièrement à Michel Valentin qui a investit dans le projet plus de 3 millions d'euros.
En 2004, l'association « les Amanins » démarre alors l'organisation et la structuration du lieu avec l'aménagement matériel mais aussi humain.
Rapidement elle emploie un certains nombre de salariés (une bonne vingtaine) dans le domaine de la construction, l'agriculture et l'éducation pour mener à bien les objectifs fixés. Dès le départ, elle met en place un système de paye égalitaire : tous les salariés, quelque soit leur activité gagne le même salaire soit 11€ brut de l'heure. A partir de Mai 2005 elle accueille également des bénévoles dans le cadre de chantiers solidaires.
L'année dernière lorsqu'il était enfin question d'ouvrir le site aux personnes en « séjour en agoécologie », la structure associative n'était plus adaptée. Les salariés ont alors émis l'idée d'avoir une structure coopérative où ils puissent être majoritaires et donc propriétaires de leur lieu de travail. Ainsi est né une SCOP le 1er juillet 2008. C'est désormais cette dernière qui gère le lieu et paye les salariés, hormis en ce qui concerne l'école (présentée plus loin) toujours gérée par l'association.
Tous les coopérateurs qui ont formés le capital de la SCOP ont signé un engagement disant qu'ils ne seraient pas rémunérées sur les bénéfices mais seulement sur le capital investit à hauteur du livret A. Autrement dit, si la SCOP fait des bénéfices un jour, ceux-ci serviront exclusivement à mettre en place de nouveau projet humain et pédagogique au sein de l'association.
Cette SCOP paye un loyer à la SCI, laquelle devient, en Octobre 2008, la propriété de l'association « les Amanins ». En effet à cette période, Michel Valentin fait dont à l'association de ses 2 millions et demi de parts qui faisaient jusque là de lui l'unique propriétaire des lieux. Ainsi le site des Amanins devient une propriété 100% collective. Les loyers encaissés par la SCI reviennent désormais à l'association, ce qui lui permet de payer les instituteurs et l'organisation autour de l'éducation.
Pour l'instant les fonds financiers issus de ces loyers sont insuffisants mais ils sont complétés par le soutien de personnes qui adhèrent à l'association, lui permettant donc d'être viable. « A terme l'ensemble du projet sera viable et même bénéficiaire » assure Michel qui a mis à profit ces compétences juridiques et financières d'homme d'affaires pour concevoir un projet autonome au niveau financier.
Une visite guidée nous permet d'apprécier les concrétisations.....
Tout d'abord la partie agricole.....
La production agricole a été pensée de façon à pouvoir approvisionner 80 personnes en pension complète.
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| Le jardin potager | Le troupeau de chèvres et de brebis | Le nouveau four à pain en construction |
Voyons un peu la gestion des ressources......
L'association les Amanins a souhaité son site 100% autonome en énergie, elle a pour cela associé au mieux les différentes énergies renouvelables.
Tout d'abord, une réflexion a été menée sur les valorisations possibles du bois disponible sur le site. En effet à côté des parcelles cultivées, le site dispose un peu plus de 25 ha forêt composés majoritairement de chênes. Une étude a été réalisée pour connaître la surface pouvant être coupée chaque année sans porter atteinte au renouvellement de la forêt. Résultat l'association peut utiliser 70 stères de bois par an. Ces derniers sont utilisés pour chauffer l'ensemble des bâtiments via une chaudière centrale.
Pour compléter ce chauffage au bois, la valorisation de l'énergie solaire a été choisie compte tenu du grand taux d'ensoleillement de la Drôme. Ainsi des panneaux solaires sous vide (meilleures performances hivernales) servent à chauffer l'eau utilisée pour le chauffage au sol (tuyauterie intégrée à la dalle de chaux). Ces mêmes panneaux solaires chauffent l'eau nécessaire aux sanitaires et à la vaisselle.
La question du chauffage est donc réglée, reste celle de l'électricité. Une micro-éolienne de 30 m de haut et d'une capacité de 20 kWh produit en moyenne sur l'année prés de 45 000 KW ce qui permet normalement aux Amanins d'être autonome. Pour parer au manque de vent ou à des besoins supérieurs exceptionnels, ils se sont reliés au réseau « enercoop » leur garantissant un approvisionnement d'électricité issue d'énergies renouvelables.
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| L'éolienne |
En ce qui concerne la gestion de l'eau, son utilisation est minimisée notament grâce à l'utilisation de toilettes sèches, par la récupération d'eau de pluie et par l'épuration et la réutilisation des eaux grises.
Tous les sanitaires, que ce soient ceux de l'école, des habitations ou des lieux communs sont équipés de toilettes sèches ce qui permet une réduction de la consommation d'eau importante (pour un ménage, la chasse d'eau représente 25% à 40% de la consommation annuelle d'eau potable). Ces toilettes sont équipées d'un système de double compartiments. L'urine est séparée des matières fécales, ce qui permet un traitement plus adapté. En effet si les urines sont directement acheminées vers les bassins de phytoépuration pour y être épurées, tout comme les eaux de lavages (vaisselles, douches, lavabos...à condition d'utiliser des produits biodégradables), les matières fécales sont, quant à elles, collectées directement dans des tonneaux puis compostées. Elles serviront à amender les cultures fourragères.
Cette séparation permet de diminuer un maximum (la moitié) la surface des bassins nécessaires au traitement des eaux usées. Une succession de 3 bassins composés de différentes plantes permet d'obtenir une eau quasi potable. 40m² de bassins suffisent à épurer les eaux issues de la cuisine centrale, de l'école et des sanitaires communs environnants.
Pour ce qui est des bâtiments destinés au logement, un autre système est en cours d'expérimentation en accord avec la DASS. Les eaux grises sont tout d'abord filtrées par 2 citernes équipées de filtres à paille puis déversées de manière homogène et régulière dans des sillons. Les racines des arbustes et arbres fruitiers plantés sur les bords des sillons absorbent les matières organiques épurant ainsi l'eau. Dans le dernier sillon, un drain a été posé pour récupérer l'eau et réaliser des tests.
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| Système de phytoépuration en expérimentation |
L'ensemble de l'eau sortant de ces 2 systèmes de phytoépuration est réutilisée pour l'irrigation de l'ensemble des cultures présentes sur les Amanins. La récupération des eaux de pluie dans un lac collinaire de 3500m3 vient compléter la quantité d'eau disponible pour l'irrigation. Ainsi aucun centilitre d'eau potable n'est utilisé pour la production agricole.
Puis, la partie éducation avec l'école du Colibri...
Depuis Septembre 2006, le projet des Amanins inclut une école élémentaire. L'un des objectifs que s'était fixé l'association: « l'éducation des nouvelles générations aux respects de la personne et de l'environnement » et l'expérience passée d'Isabelle Peloux, femme de Michel Valentin et membre active du projet, ont stimulé la création de cette école. Mme Peloux, anciennement enseignante en région lyonnaise, avait ressenti avec beaucoup de désarroi la disparition progressive du lien entre l'école et les activités humaines. La mise en place d'une école au sein de laquelle les apprentissages s'intègrent à la vie et prennent sens concrètement était pour elle une sorte de rêve. Le projet des Amanins avec sa diversité d'activités : agriculture, construction, énergie..., le site naturel dans lequel il prend place, et les professionnels de tous les secteurs qui gravitent autour était l'opportunité idéale pour réaliser ce rêve, pour faire sortir de terre une école qui permette de travailler sur la problématique de « quels enfants laisseront nous à notre planète ? »
Cette école a pris le nom de « école du colibri », en référence au conte d'Amérique du Sud souvent cité par Pierre Rabhi dans ses conférences :
« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s'activait, allant chercher quelques gouttes d'eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d'un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit « Colibri ! Tu n'es pas fou ! Tu crois que c'est avec ces gouttes d'eau que tu vas éteindre le feu ? ! » Le colibri lui répondit alors : « Je le sais, mais je fais ma part ». La légende raconte que chaque animal se sentit concerné, que chacun à sa manière fit sa part et que la forêt fut sauvée ! ! »
La morale de ce conte est que l'action individuelle aussi petite soit-elle a son importance. L'école du Colibri est un lieu où l'on cherche la plus petite chose possible à améliorer, à changer pour évoluer dans son travail et aller vers l'autre.
Vous l'aurez compris cette école n'est pas une école ordinaire. Le service offert diffère des écoles conventionnelles.
Tout d'abord, celle-ci offre un cadre exceptionnel. Elle prend place au cœur du site verdoyant de 55 ha, dans des bâtiments entièrement auto construits de façon écologique.
A l'extérieur des bâtiments, on trouve un petit périmètre appartenant exclusivement aux enfants comprenant une cour de récréation mais aussi leur petit potager dont ils s'occupent personnellement et qu'il arrosent avec de l'eau de pluie collectée dans un petit bassin.
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| Les bâtiments de l'école avec son espace récréatif et à droite le potager des enfants |
Tout autour s'étend un lieu d'activité animé auquel les enfants peuvent logiquement s'intégrer de temps à autres : traite des chèvres, récolte des œufs, cueillette des fruits, construction......
Ce cadre particulier favorise l'éveil et la sensibilisation des enfants à l'environnement et au monde qui les entoure. Mais il permet également de concrétiser dans des exemples réels, les apprentissages des enfants (compter, écrire, lire...) et ainsi leur donner un sens.
Cette école puise également son originalité dans sa manière d'éduquer. Les enseignantes cherchent à faire des enfants les acteurs de leur apprentissage en réveillant en eux l'envie d'apprendre, la curiosité, la découverte...leur rôle n'est plus d'apprendre aux enfants mais de les encadrer et les aider dans leur apprentissage, tout en veillant bien sure à ce que chacun apprenne ce dont il a besoin pour continuer son cursus scolaire classique. Le système de classe unique permet de mettre à profit l'émulation positive qui ressort de la cohabitation entre petits et grands. L'entraide, le soutien, et les conseils qui naissent entre les enfants sont souvent plus porteurs que l'enseignement brut d'un adulte.
Contrairement à l'enseignement classique qui a tendance à mettre en avant la seule intelligence logico mathématique, ici toutes les formes d'intelligence sont considérées permettant ainsi à tous les enfants de se sentir valorisés.
Le petit nombre d'élèves et la présence de deux enseignantes permet une meilleure prise en charge des élèves en grande difficultés.
L'école du Colibri, qui accueille donc, depuis maintenant trois ans, 33 enfants du CP au CM2, est une école privée sous contrat de l'éducation nationale. Elle se veut un maximum accessible à tous. Aussi son prix est de 35€/mois auquel s'ajoute le prix des repas (4€/repas). Ceux-ci sont pris sur place, avec les visiteurs du moment et les salariés. Ils sont pour les enfants une opportunité de découvrir et déguster les produits du lieu qu'ils ont pour certains semé, vu grandir et cueilli. Pour permettre un coût aussi faible, pour une telle école il était indispensable qu'elle soit prise en charge. C'est donc les personnes qui viennent séjourner sur le lieu ou tout simplement assister à une visite qui participe indirectement au fonctionnement de l'école. En effet dans le prix des prestations d'accueil est compris un soutien à l'organisation globale du lieu qui inclut le fonctionnement de l'école.
Va pour une visite de la partie accueil....
Sur le site de nombreux habitats ont été créés pour accueillir des personnes en séjour. L'objectif est d'accueillir toute l'année en moyenne 80 personnes avec des pics pendant les périodes estivales compensant les creux de l'hiver.
Ces logements ont été conçus avec les mêmes principes et les mêmes exigences que l'école de façon à bénéficier de hautes performances énergétiques. Tout a été prévu pour minimiser les besoins en chauffage en hiver et éviter les grosses chaleurs en été. Bien sur la grande majorité des matériaux utilisés sont issus du lieu et sont écologiques. Ils sont chauffés et alimenté en électricité grâce à la combinaison des énergies renouvelables mis en place sur le site.
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| Les bâtiments d'accueil | Toiture végétalisée et panneaux solaires |
Cet été, un lot d'habitats ouvrira pour la première fois ses portes à des visiteurs. La capacité d'accueil est pour l'instant de 50 couchages et devrait augmenter de 20 places chaque année.
Les visiteurs qui viendront séjourner dès cette année sur ce lieu ne viendront pas là par hasard. L'accueil proposé n'est pas une prestation touristique classique. En effet les visiteurs, en plus d'être logés dans des habitations entièrement écologiques, pourront découvrir et s'initier à l'agro-écologie et à l'auto-construction en participant aux activités du moment. Cet été ils auront notamment la possibilité de prendre part à l'atelier de fabrication de briques en terre crue organisé pour avancer l'aménagement de la salle d'animation destinée à accueillir des conférences, projections de films, séances de yoga...
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| Future salle d'animations, conférences... | L'outillage pour l'atelier briques de terre |
Conclusion...
Notre visite aux Amanins a été pour nous l'occasion de découvrir un projet de grande envergure, qui, avec à peine 5 ans d'existence, est particulièrement avancé et exemplaire au niveau écologique. Si cette réussite accélérée a été possible c'est en grande partie parce qu'à sa base on trouve un entrepreneur expérimenté dans la création de projet, doté de compétences juridiques et de gros moyens financiers.
L'histoire de Michel Valentin est à ce niveau un bel exemple de prise de conscience et de reconversion d'un homme d'affaires ancré dans le tout économique qui a su mettre à profit d'une cause plus juste les capacités et l'argent acquis dans sa vie de business man. Il est à espérer pour notre planète et notre société que d'autres lui emboitent le pas.
Reproductible, ce projet idéal ne l'est surement pas pour une majorité de la population, mais comme l'explique Michel Valentin en reprenant l'image du « petit colibri» seul au milieu de l'incendie : « J'ai fait ce projet parce que ça correspondait à mon tempérament et à mes possibilités financières mais chacun de nous a vraiment la possibilité de faire quelque chose à son niveau ». Si ce projet est effectivement difficile voir impossible à reproduire partout, ce qui n'est d'ailleurs pas son objectif comme le rappelle Michel, celui-ci est un excellent support pour faire découvrir à un bon nombre de personnes les concepts de l'agro-écologie et à pour don de stimuler l'envie de créer un projet ou d'agir à son niveau. Il doit être pris comme une source d'apprentissage et d'inspiration.






















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