Les habitats légers
Notre séjour de 15 jours à l'Oasis Bellecombe, exploitation maraîchère en permaculture et lieu d'expérimentation de vie en habitats légers et en autonomie et plus particulièrement la rencontre avec Michel Marchand, membre de cette oasis, nous a permis d'approfondir la problématique lié à l'habitat et surtout aux habitats légers. Nous nous proposons donc de faire un rapide exposé de ce que nous avons retenu.
Petit apercu du contexte
La crise généralisée dans laquelle notre société est en train de plonger, qui s'accompagne d'une crise du logement battant des records, d'une généralisation du travail précaire, d'une remise en cause de la sécurité alimentaire des populations et d'une dégradation de plus en plus importante de notre « dame nature », génère chez les personnes que nous avons rencontrées, un changement de comportement, de valeurs et de schéma de vie. Chez un certain nombre d'entre eux ce changement commence par l'adoption d'un habitat léger, parfois auto-construits, souvent écologiques, répondant ainsi par leur inventivité et leur travail non marchand à la crise socio-économique, immobilière et environnementale.
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| Yourte | Roulotte | Caravane-cabane | Cabane de bain solaire |
Pour beaucoup ils font ce choix pour la relative liberté que leur confère ce type d'habitats, grâce auxquels ils s'affranchissent de la pression économique liée aux emprunts immobiliers et des risques encourus. Ils refusent d'être des victimes de la crise et des prisonniers du système économique actuel: celui de l'accumulation de biens matériels érigée en idéal de vie. Ils ne veulent pas faire partie de ceux qui, en poursuivant « l'idéal » véhiculé par notre société occidentale, se condamne à vivre dans la précarité et se laisse entrainer inconsciemment dans un engrenage aberrant qui les pousse à travailler uniquement pour rembourser leur emprunts et survivre sans penser à un quelconque épanouissement.
Certains considèrent également dans ce choix d'un habitat léger l'impasse du secteur de l'habitat aujourd'hui. Ils refusent de cautionner la bulle immobilière et sont convaincus que l'habitat tel qu'il est actuellement perçu n'est pas adapté aux enjeux auxquels nous devons faire face. En effet les habitats lourds s'avèrent inadapté à la raréfaction des énergies fossiles. De plus la sédentarité urbaine ne protègera certainement pas des évènements climatiques à venir.
Michel Marchand témoigne : « J'aimerais pouvoir montrer qu'il est possible de vivre autrement d'une façon plus simple et beaucoup plus humble parce que même avec une yourte qui coûte entre 3000 et 10000€, c'est plus abordable qu'une habitation avec laquelle on doit maintenant s'endetter pendant trente ans pour faire construire une maison. Il est prouvé maintenant qu'une personne qui touche 1500 € par mois ne pourra pas payer son crédit. Il faut recréer un habitat beaucoup plus simple et ne plus avoir de grandes maisons comme j'ai dessiné pendant des années avec trois quatre chambres et puis après les enfants ils partent et les parents se retrouvent avec des débarras, des chambres qu'il faut chauffer, qui servent à rien. L'impact écologique est énorme avec ces maisons en parpaings. Il faudrait trouver une autre manière de faire ; pourquoi pas en toile plus légers et qui soient aussi bien isolés. »
Mais qu'est ce que l'habitat léger exactement ??
Tout d'abord il est important de savoir qu'il existe un vaste panel d'habitats légers. On trouve les habitations mobiles telles que les caravanes et les roulottes et les habitations éphémères telles que les yourtes, les tipis, les cabanes....
Bien loin des images de précarité et de non confort qui souvent leur sont associées à tort, ces habitations sont la plus part du temps conçues et aménagées de manières très pratiques et très confortables, parfois même plus que nos maisons urbaines classiques.Cela est notamment rendu possible par le fait que ces maisons pas comme les autres peuvent s'imaginer, s'expérimenter et se moduler indéfiniment. Elles sont donc adaptables aux besoins, climats, nombre d'habitants...
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| Intérieurs de yourtes |
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Des modules de logements supplémentaires (mini-yourtes, seconde roulotte) peuvent par exemple venir agrémenter l'habitat léger principal à l'arrivée de nouveaux enfants dans la famille. Ces derniers pourront d'ailleurs, à l'âge adulte repartir avec leur module pour bâtir leur vie ailleurs.
Pour un modeste coût oscillant entre 3000 et 10000€ pour un couple (yourte = 28 à 35 m², roulotte : 10 m², cabane : 35 m²), les propriétaires d'habitats légers peuvent donc vivre dignement, dans un chez eux agréable à vivre et personnalisé.
L'habitat léger est souvent associé à un mode de vie autonome et à faible impact écologique. Tout d'abord ils sont souvent construits, isolés et aménagés avec des matériaux écologiques.
De plus, contraints par l'absence de raccordement aux réseaux (eau et électricité) où tout simplement par pure conviction, les propriétaires de ces habitats utilisent leur ingéniosité et leur créativité pour acquérir une certaine autonomie et réduire leur empreinte écologique. On retrouve chez beaucoup d'entre eux des capteurs solaires, toilettes sèches, phyto-épuration, récupérateurs d'eau de pluie, potagers, vergers...
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| Eolienne et capteurs solaires |
Chauffe-eau solaire
auto-construits
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Baignoire dans le plancher de la yourte |
Voyons ça d'un peu plus près :
Au bilan cette nouvelle forme d'habitat permet une vie plus libre, plus sobre, plus proche de la nature et favorise des comportements hautement responsables.
Un accueil mitigé pour les habitats légers
Si l'habitat léger, tel que nous l'avons découvert et tel que nous vous l'avons décrit plus haut, est très attirant, la démarche de vivre dans ce type d'habitat n'est pas toujours très simple.
La première problématique qui se pose, et la plus récurrente concerne l'accès au terrain et la reconnaissance du droit à y implanter un habitat léger. Outre le fait que l'accès à la propriété terrienne soit rendue de plus en plus difficile par la spéculation immobilière et tout particulièrement par la transformation de terrains agricoles en terrains à bâtir (bien plus rémunérateurs pour le propriétaire), les institutions ne sont pas décidées à laisser tranquille celles et ceux qui osent relever la tête pour vivre dignement, crée des alternatives, sortir de l'exclusion....
Le flou juridique qui règne autour de ce type d'habitats entraine des débats, des conflits et des sanctions. En effet, ces logements alternatifs ne sont pas toujours, voire jamais, aux sacro-saintes normes urbanistiques et sont souvent confondus avec la cabanisation sauvage, faite n'importe comment.
De plus, ces habitations, dont la surface est souvent inférieure à 35m² ne nécessitent pas de permis de construire et donc échappe au contrôle absolu des collectivités locales et de leur Plan Local d'Urbanisme (PLU). Prévues pour être facilement démontables, voire mobiles, elles ne possèdent alors pas de fondations et ne sont donc pas des constructions à proprement parler. De ce fait, leurs habitants peuvent passer à travers les mailles des impôts locaux et autres taxes liées à l'habitat (ordures ménagères, voirie...) ce qui gênent particulièrement les mairies mais aussi le voisinage qui souvent a payé et continue à payer cher son droit au logement et les services qui en découlent.
Enfin, pour des raisons financières, certaines personnes on été amenées à installer leur habitat léger sur des terrains non constructibles, seuls terrains encore abordables.
Tous ces éléments dérangent et apeurent les institutions qui répondent par des expulsions, des amendes, des intimidations, des attaques en justice. Dans les départements de la Lozère, de l'Ardèche et du Gard, où les habitats légers sont les plus présents, ce type de réponse se multiplient. Pour exemple, la DDE (direction départementale des équipements) de Lozère a, il y a un an, intenté un procès contre Eric Baret, habitant d'une yourte sans permis de construire, qui s'est clos par un non lieu prononcé par la juge du tribunal correctionnel de Mende.
En réalité, à la base de tous ces problèmes on trouve le vide juridique qui concerne les habitats légers : aucune loi ne traite de ce type d'habitat. Pourtant bon nombre de personnes vivant en habitat léger aimerait être reconnus et participer à l'entretien et au développement de la vie communale par le biais de leurs impôts.
La deuxième problématique majeure concerne les images souvent négatives qui collent aux habitats légers.
Ne souhaitant pas participer à la dérive globale de notre société en suivant un modèle qui les enverrai droit dans le mur, les habitants des habitats légers sont souvent pris pour des marginaux, des farfelus, des illuminés, des baba-cool, des gens qui ont des choses à cacher, des fainéants vivant aux crochets de la société...
Déboussolés, méfiants et parfois apeurés par le changement, le différent et l'alternatif, la plupart des gens discréditent ce type d'habitat et le mode de vie qu'il incarne pour se rassurer et se dire qu'ils sont dans le droit chemin. Insalubrité, retour à l'âge de pierre, absence d'hygiène, de confort... sont les images qu'ils se font pour attaquer ce qui diffère de leurs habitudes.
Bien au contraire, comme nous l'avons déjà évoqué, ces habitations offrent un confort de vie enviable, plus proche de la nature et de son rythme et donc plus équilibré pour leurs habitants. Pour casser ces images négatives, trop souvent repris par les médias, beaucoup de ces derniers invitent les personnes qui le souhaitent à venir visiter leur logement et échanger sur leur mode de vie.
Des mouvements naissent autour des habitats légers
Face à ces deux problématiques, des associations se sont crées pour faire connaitre, défendre et développer ce type d'habitat (Permis de Vivre, réseau Halem...). Elles réclament la reconnaissance du droit à l'habitat choisi. Pour cela elles proposent entre autres la création de zones éco-constructibles qui serviraient de zones expérimentales acceptant d'accueillir des habitats légers dans le respect d'une charte éthique. Dans cette charte, les habitants s'engageraient à être responsables par des pratiques écologiques et solidaires (respect de l'environnement, du paysage et du voisinage, prise en charge de la gestion des déchets et eaux usées), à payer une taxe d'habitation proportionnelle à leur faible empreinte écologique, à prendre soin de leur lieux de vie et à échanger et partager leurs expériences avec les élus, les villageois et les touristes.
Ces associations obtiendront elles gain de cause et les habitants qui ont fait le choix de vivre en habitats légers seront-ils enfin officiellement reconnus...débat à suivre !!
Pour info certaines photos sont tirées d'un article qui est complémentaire et qui apporte aussi d'autres expériences à cette adresse :
http://contre-la-pense e-unique.org/forums/viewtopic.php?f=8&t=1098
Plus on aura d'expériences, mieu nous pourront nous faire notre avis ...
Mes respects
http://contre-la-pense e-unique.org/forums/viewtopic.php?f=8&t=1098
http://habitats-altern atifs.over-blog.com/





















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